La vie est faite de caps, paraît-il.
Des caps qu'il est plus ou moins aisé de franchir, selon que l'on y est préparé ou pas.
Des caps qu'il est plus ou moins aisé de franchir, selon que l'on y est préparé ou pas.
Des caps importants, mineurs, de transition, qui ne font que nous effleurer du bout de leurs contours timides.
Des caps majeurs, qui bouleversent en profondeur toute notre existence, remettant en cause les fondements même de notre
personnalité parfois, nous plaçant en porte-à-faux, déstabilisants au possible...
C'est un de ceux-là que je traverse.
Je n'ai rien contre le changement. Au contraire. Les situations qui stagnent me filent le cafard, m'angoissent ou m'exaspèrent,
c'est selon. J'ai toujours prôné le mouvement, surtout lorsqu'il incite à aller de l'avant. Mais il y a parfois des changements que l'on n'est pas particulièrement impatient
d'accueillir, ou des changements que l'on n'est pas franchement pressé d'envisager. 25 ans est un de ces changements, un de ces caps, ceux dont je me passerais bien. Un cap
que je redoutais depuis un moment déjà, que je me refusais même de célébrer (j'ai développé au fil du temps une curieuse aversion pour mes anniversaires), et que j'anticipais mal.
Tout simplement parce que ces 25 ans sonnent l'heure du premier - et difficile - bilan.
25 ans, à l'échelle de l'Histoire, ça ne représente rien de plus qu'un grain de poussière. Mais, à l'échelle d'une vie d'homme - ou
de femme, dans mon cas - 25 ans, ça représente un quart de siècle - rien que ça! - et pas moins d'un tiers de son espérance de vie globale, si l'on en croit les statistiques. Bref, une sacrée
tranche d'existence, quand on y pense. Et justement, le fait d'y penser colle un certain vertige.
A l'heure où je devrais brûler sans compter les "plus belles années" de ma vie, je me retourne sur le chemin déjà parcouru
et ne peut que constater, désemparée, que rien de ce qui s'est écoulé ne m'a inspiré la satisfaction escomptée. A 25 ans, je n'ai rien accompli qui soit digne d'intérêt à mes yeux. Un
peu comme si, tout ce temps, j'avais attendu que quelque chose se passe, sans savoir - et tout en sachant, paradoxalement - quoi. Comme si j'avais jugé, jusque là, ne pas être encore
"assez grande". Comme si ces lointaines années auxquelles on rêve étant gamins, toutes proches aujourd'hui, ne devaient pas encore arriver, et que le temps, lui, continuerait de s'étirer à
l'infini pour me laisser tout loisir d'attendre le "bon moment". Et si c'était maintenant, là, tout de suite, le "bon moment"? Et si c'était le moment d'arrêter d'attendre que la vie,
ma vie, commence?
Pourtant, ironiquement, ce ne sont pas tant mes angoisses profondes qui me troublent que la pression sociale
extérieure. Vous savez? Ce miroir gigantesque que vous tend la société sans l'air d'y toucher afin que vous puissiez évaluer votre progression professionnelle et personnelle en vous
référant à une pub type de chez Danone ou Renault: l'exemple bateau - parfaitement caricatural mais avéré - de la jeune cadre dynamique bardée de diplôme, en charge d'un
poste à responsabilités, avec, déjà, un crédit immobilier sur le dos (La Banque Populaire assure), mais qui prend tout ça avec le sourire grâce à ses cours de yoga, son jules ultra canon
(qui lui aussi occupe un poste à responsabilités et roule dans un coupé sport hybride à faible émission de CO2), et son appart' repensé par D&CO, qui décide dans la foulée - horloge
biologique oblige - qu'il serait temps de mettre en route le second de ses 2,6 enfants... le tout avant 30 ans.
Tout ceci - marques y comprises - est un exemple parfaitement arbitraire qui condense à la fois les critères sur lesquels je ne me
retrouve actuellement pas et le rôle des médias dans cette pression permanente du consommacteur de moins de 35 ans. A 25 ans, j'ai la sensation désagréable d'être en retard par
rapport à ce que la société m'incite à être et celle d'être parfaitement en accord avec mon rythme à moi. On sait tous, au fond de nous, que ce qui importe vraiment, c'est
d'être en harmonie avec soi-même. Pourtant, si tel est le cas, pourquoi ce sentiment de culpabilité par rapport aux statistiques?
A 25 ans, j'ai l'impression d'être encore une grande gamine, pas tout à fait sortie de l'adolescence, pas totalement entrée
dans l'ère adulte, et absolument pas résignée à renoncer à l'innocence de ses années en culotte courte. Pourtant, le conflit, intérieur et extérieur, demeure. Le défi reste de trouver
le courage de tracer son propre sillage dans un paysage déjà bien cartographié, dont les chemins moroses n'inspirent à l'idéaliste que je suis que dégoût et ennui. L'appréhension de
n'avoir un jour pas d'autre choix que de les emprunter et d'y rester coincée est, elle aussi, puissamment présente, planant au-dessus de mes doutes comme un oiseau de proie, à l'affût du
moindre de mes faux pas. Et Dieu sait qu'ils sont nombreux!
En attendant de déterminer qui je suis et où je vais, je continuerais à me triturer les méninges à la recherche des possibles
issues et autres chemins de traverses.
Et, jusqu'à ce que je la trouve et l'apprivoise, I'll be searchin' my soul... même si elle a 25 ans, elle aussi.





